L’avis du Roi Arthur sur l’IA
Il y a quelques jours j'ai entendu Alexandre Astier s'exprimer sur l'IA. Ce qu'il disait m'est tellement resté en tête que j'étais obligé de sortir ma machine à écrire pour recopier le passage et le classer dans mes papiers.

Hugo Décrypte : “Sur la question de l’IA, quel est ton regard aujourd’hui ? Est-ce que tu le vis comme une menace ou comment un compagnon de route dans ton travail ?”
Alexandre Astier : “Je pense qu'il faut déjà se rappeler la nature de ce qu’on fait tous, là, on parle de cinéma par exemple. Quand on parle d’authenticité et qu’on le met face à une forme d’artificialité, il faut quand même se rappeler que le cinéma, c'est faire passer 24 images par secondes pour du mouvement. Une mouche regarde un film par exemple, elle ne verra qu’un diaporama. Tout ça est truqué, nous trichons. On triche pour faire croire à une vie alors qu’il n’y en a pas vraiment.
Il y a des acteurs qui vous font croire à quelque chose alors que c'est faux. Il y a des faux décors, avec des fausses lumières, avec des enregistreurs qui captent des signaux numériques et les recrachent pour faire croire à du son. Tout ça est faux.
L’IA elle peut nous aider à tout parce qu’une machine sert à aider.
L’homme a toujours fabriqué des machines pour s’aider sur des tâches chiantes.
Faisons une expérience de pensée : Si jamais tu fabriques un bel objet, et qu’on te dit : “Ahh, il est beau ton objet, j’en voudrais un moi aussi." Tu en fabriques un second. À partir de quand tu fabriques une machine qui les fabriques à ta place ? Moi je crois que tu fabriques une machine qui les fait à ta place avant que fabriquer la machine ne te prenne moins de temps que ce qu’il faudrait pour les fabriquer à la main.
Tu préfères prendre le temps de fabriquer une machine qui en fabrique 1000 plutôt que d’en faire 100 à la main, même si fabriquer la machine te prend plus de temps que pour en faire 100.
Donc, je crois que ça, c'est un truc très humain. Et à un moment l’IA c’est juste la continuité de tout ça.
Le vrai problème, c'est quand l’IA va se mettre à créer en singeant. Elle ne peut pas avoir d’authenticité artistique, elle n’a rien à dire. Elle peut juste anticiper ce que les autres aiment bien et le reproduire.
Si elle remarque que les humains pleurent quand il se passe "ça", alors elle va faire "ça". Le truc, c'est que je pense que c’est capital et fondateur que ce soit des humains qui fassent pleurer des humains. C'est-à-dire que quand tu entends quelque chose de beau, la première chose qui t’émeut, c'est qu’un humain a pensé à ça. On dit tous “Ouah, mais où est-ce qu’il est allé chercher ça ??? Tu prends Mozart, tu prends le requiem, on parle de trucs qui bouleversent. Tu te dis, mais put*** mais comment c’est possible que ce mec qui est comme moi qui a 10 doigts, un cerveau et 2 mains produise un truc pareil.
Comment il est allé jusque-là ?
S'il y a plus ce truc-là, et qu’à la place il y a juste une machine qui calcule les probabilités et multiplie les opérations pour trouver la note qui fit le mieux, il y a plus le cousinage de la souffrance, de la création, du ratage. Il n’y a plus de pont.
Et ça je crois qu’on ne peut pas s’en passer.
On a besoin de savoir quand quelque chose est fait par un humain, pour savoir quand on peut être reconnaissant d’avoir pris le temps de décrire des bruits de pas au début d’un roman. Je ne suis pas reconnaissant à l’IA d’avoir écrit une scène de pas parce que ça ne lui a rien coûté.
Moi, je veux savoir qu’il y a un humain derrière qui prend du temps et des risques et qui se donne.”